Périgée Focus — Midjourney veut scanner votre corps (mais ce n'est pas médical, promis)
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▸ Périgée Focus2026.06.18 · Miss Baker
Périgée

PÉRIGÉE

Le point de l'orbite où l'IA passe au plus près de votre entreprise.

IA Focus #4

Midjourney veut scanner votre corps (mais ce n'est pas médical, promis)

Midjourney veut scanner votre corps (mais ce n'est pas médical, promis)

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Antonin — Antonin ici. Sandrine, on tient peut-être l'annonce la plus étrange de l'année. Midjourney… tu sais, l'outil qui génère des images de chats à partir d'une phrase… va te scanner le corps.

Sandrine — Oui, on passe du chaton en aquarelle à l'échographie corps entier. C'est un pivot, disons, ambitieux.

Antonin — Reprenons les faits. Le dix-sept juin deux mille vingt-six, à San Francisco, David Holz, le fondateur de Midjourney, dévoile « The Midjourney Scanner » et une nouvelle division, Midjourney Medical. Le principe… tu rentres dans un bassin peu profond, une plateforme te descend dans l'eau à cinq centimètres par seconde, et un anneau de capteurs image l'intérieur de ton corps pendant la descente.

Sandrine — Soixante secondes pour un scan corps entier. Contre soixante à quatre-vingt-dix minutes pour une IRM. Et zéro radiation, parce que c'est de l'ultrason.

Antonin — Le hardware, c'est un partenariat avec Butterfly Network. Une société d'échographie qui a mis des transducteurs ultrasons directement sur une puce, fabriquée comme un processeur classique. Quarante modules par machine.

Sandrine — Et là il faut être honnête, Antonin. Le socle technologique est sérieux. L'« ultrasound-on-chip », ça veut dire échographie portable et peu chère. Démocratiser l'imagerie médicale, c'est un vrai objectif, pas une lubie.

Antonin — Le contrat de licence, signé en novembre deux mille vingt-cinq, est public dans les documents SEC de Butterfly : quinze millions de dollars de droit d'entrée, dix millions par an sur cinq ans, plus des paliers et du revenue-sharing.

Sandrine — Donc ce n'est pas un side-project du week-end. C'est une vraie ligne budgétaire.

Antonin — L'ambition affichée : cinquante mille scanners et environ un milliard de scans par mois d'ici deux mille trente-et-un. Et le premier site, c'est un « Midjourney Spa », près d'Union Square à San Francisco, environ vingt-cinq mille pieds carrés, neuf à dix scanners, ouverture visée fin deux mille vingt-sept.

Sandrine — Avec saunas, jacuzzis et bains froids. Parce que rien ne dit « examen médical sérieux » comme un bain froid à côté de l'appareil.

Antonin — C'est là où on commence à voir la thèse du produit. Mais avant l'ironie, posons le cœur du problème. Sandrine, qu'est-ce qui te dérange vraiment ?

Sandrine — Le métier de Midjourney, jusqu'ici, c'est de générer des images. Produire du plausible qui n'existe pas. Et là, ils entrent dans l'acquisition d'images médicales, où l'image doit être exacte. Ce sont deux disciplines opposées.

Antonin — Générer du plausible versus mesurer du vrai.

Sandrine — Exactement. Une image médicale, ça doit être reproductible, interprétable, fiable. Une image générative, par construction, c'est une hallucination convaincante. Le saut conceptuel est énorme.

Antonin — À noter — et c'est l'aveu qui m'a frappé — Holz lui-même a dit lors de la présentation, je cite Bloomberg : « We're not even using any AI in this yet, just really cool hardware and software. »

Sandrine — La société d'IA lance son grand produit IA… et précise qu'il n'y a pas d'IA dedans. C'est presque rafraîchissant.

Antonin — Deuxième point qui coince : le vocabulaire marketing. Ils parlent d'« Ultrasonic CT » et d'imagerie « MRI-grade ».

Sandrine — Alors là, petite mise au point. Un CT, un scanner au sens médical, c'est de la tomographie aux rayons X. Une IRM, c'est de la résonance magnétique. Le Midjourney Scanner, c'est de l'ultrason. Ce ne sont pas trois variantes d'une même chose, ce sont trois physiques différentes.

Antonin — Donc « Ultrasonic CT », ce n'est pas une catégorie clinique.

Sandrine — C'est une invention marketing. « MRI-grade » aussi. Ce sont des labels de prestige collés sur une technologie qui n'a pas encore montré qu'elle était cliniquement équivalente à quoi que ce soit.

Antonin — Et c'est là qu'on arrive au point réglementaire, qui est le vrai sujet.

Sandrine — Oui. De l'aveu même de Midjourney, l'appareil ne produit, à ce stade, que des « cartes détaillées de composition corporelle ». C'est-à-dire muscle, graisse, os, organes. Pas de diagnostic. Tout usage diagnostique exigerait une approbation FDA qu'ils n'ont pas.

Antonin — Et qu'ils comptent — je cite — « poursuivre avec le temps ».

Sandrine — Avec le temps. C'est la formulation préférée des gens qui ouvrent un commerce avant la fin du chantier.

Antonin — Donc le produit est rangé dans la catégorie « bien-être ». Le même couloir que Prenuvo ou Ezra, qui font déjà du scan corps entier pour asymptomatiques.

Sandrine — Et c'est un couloir contesté. Ni la FDA ni l'American College of Radiology ne recommandent le scan corps entier chez les gens en bonne santé. Les études parlent de jusqu'à quatre-vingt-quinze pour cent d'anomalies détectées qui ne sont pas spécifiques.

Antonin — Quatre-vingt-quinze pour cent. Explique ce que ça veut dire concrètement.

Sandrine — Ça veut dire que tu rentres en bonne santé, on te trouve un truc, tu ressors inquiet, tu fais une biopsie, parfois invasive, et au bout du chemin la plupart du temps il n'y avait rien. Coûts, anxiété, examens en cascade, et aucun bénéfice de survie documenté en population générale.

Antonin — Donc le débat médical sur le whole-body screening existait déjà. Midjourney ne l'invente pas.

Sandrine — Non, mais à un milliard de scans par mois, on ne réglerait pas le débat — on le multiplierait.

Antonin — Bilan intermédiaire : on a un objet hybride. Légitime sur le fond technologique. Discutable sur le vocabulaire. Et qui s'engouffre dans une porte dérobée réglementaire.

Sandrine — C'est ça la leçon, en fait. L'argent de l'IA permet désormais d'entrer dans n'importe quel secteur régulé, même sans l'expertise historique. Et le couloir « bien-être, pas médical », c'est devenu la porte dérobée standard pour faire de l'imagerie corps entier sans passer par la revue clinique.

Antonin — Tu vas trop loin ? Parce qu'on pourrait répondre : tant mieux, l'innovation passe par là, la FDA est lente, laissons faire.

Sandrine — C'est un argument recevable, et je ne suis pas pour bloquer l'ultrason à chip — au contraire. Mais il y a un écart précis entre ce que dit le marketing et ce que dit le dossier réglementaire. Le client qui entre dans le Spa entend « scanner corps entier MRI-grade ». Il n'entend pas « carte de composition corporelle non diagnostique ».

Antonin — Donc l'asymétrie d'information est dans le branding lui-même.

Sandrine — Et le mot « Spa » fait le travail. Ce n'est pas un accessoire, c'est la thèse. Saunas, bains froids, jacuzzis : ça dit « ceci n'est pas une salle d'examen ». Mais le public retiendra le mot scanner.

Antonin — Question pour notre public français : est-ce que ce modèle se transposerait en Europe ?

Sandrine — Beaucoup moins facilement. Le règlement européen sur les dispositifs médicaux, le MDR, encadre plus strictement les produits qui suggèrent une finalité de santé. Dès que tu laisses entendre un usage médical, même implicitement, tu bascules dans le périmètre régulé.

Antonin — Donc l'arbitrage réglementaire américain ne se copie pas tel quel chez nous.

Sandrine — Non. Et c'est intéressant, parce que ça illustre que ce n'est pas une question de plus ou moins de régulation en absolu. C'est une question de cohérence : si tu vends de la santé, tu réponds des claims de santé.

Antonin — On approche de la fin. Le vrai enjeu, pour toi, ce n'est ni la techno, ni le marketing. C'est la redevabilité.

Sandrine — Qui répond ? Si le système voit mal, voit trop, ou voit quelque chose qui n'existe pas — et rappelle-toi, Midjourney est experte précisément en images qui n'existent pas — qui est responsable ? L'éditeur du logiciel ? Butterfly, qui fabrique les puces ? L'opérateur du Spa ? L'utilisateur lui-même ?

Antonin — Et tant que c'est rangé en « bien-être », la réponse juridique est… floue.

Sandrine — Floue, oui. Ce qui est commode pour l'opérateur, et moins pour la personne qui repart avec une « anomalie » à explorer.

Antonin — On note. Pour conclure, Sandrine, ta phrase à retenir.

Sandrine — Un scan n'a de valeur que si on peut se fier à l'image, et si on sait qui répond de ce qu'elle prétend montrer. Le reste, c'est de la décoration. Y compris les bains froids.

Antonin — Merci Sandrine. C'était Périgée Focus. À bientôt.

Le 17 juin 2026, le générateur d'images IA dévoile « The Midjourney Scanner » : un anneau d'échographie immergé, 60 secondes, et un Spa à San Francisco pour fin 2027. Sans autorisation FDA, l'appareil est vendu comme « bien-être » — un couloir réglementaire bien connu de Prenuvo et Ezra. Une entreprise qui sait générer du plausible entre dans un métier où l'image doit être exacte : on regarde l'écart entre le marketing (« Ultrasonic CT », « MRI-grade ») et ce que la physique et le droit autorisent réellement.

▸ Pour aller plus loin

https://www.midjourney.com/medical

▸ Sources

https://www.theverge.com/ai-artificial-intelligence/952011/midjourney-medical-ai-ultrasound-scan

https://www.midjourney.com/medical

https://thenextweb.com/news/midjourney-scanner-midjourney-medical-ultrasound

https://www.rdworldonline.com/ai-image-firm-midjourney-spins-up-medical-division-unveils-ultrasonic-ct/

https://www.engadget.com/2196998/midjourney-full-body-ultrasonic-scanner/

https://radiologybusiness.com/topics/healthcare-management/medical-practice-management/physicians-debate-perils-and-promise-whole-body-mri-screening

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Trois passionnés d'IA installés à Toulouse. On passe nos journées à lire, tester et trier ce qui sort — Périgée, c'est notre façon de partager le tri. Sans hype, sans jargon.

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