Périgée Focus — Louis : l'IA juridique Toulousaine qui garde vos dossiers chez vous
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▸ Périgée Focus2026.06.17 · Miss Baker
Périgée

PÉRIGÉE

Le point de l'orbite où l'IA passe au plus près de votre entreprise.

IA Focus #2

Louis : l'IA juridique Toulousaine qui garde vos dossiers chez vous

Louis : l'IA juridique Toulousaine qui garde vos dossiers chez vous

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Antonin — Aujourd'hui, on parle d'un logiciel qui s'appelle Louis. Une IA juridique, signée Clément Giner, au sein d'une association toulousaine, DataRing. Et le pitch, Sandrine, c'est presque un slogan : vos clés, vos données, votre infrastructure.

Sandrine — Oui, et avant que tu continues, précisons un truc. Clément Giner, c'est un peu de la famille Périgée. Donc je préviens : si je trouve ça bien, ce n'est pas de la flagornerie. Je vais quand même chercher ce qui cloche, promis.

Antonin — C'est ton métier. Alors posons le problème, parce qu'il est réel. Un avocat aujourd'hui a deux options. Soit il utilise les outils d'IA grand public, et là, pour profiter des meilleurs modèles, il envoie les pièces de ses clients chez un éditeur de logiciel en ligne, souvent américain.

Sandrine — Avec ce petit détail charmant : la confidentialité promise s'arrête pile là où commencent les obligations de coopération avec une autorité étrangère. Cloud Act, FISA 702, les noms des textes importent peu. En clair : un tiers peut, dans certains cas, accéder aux données hébergées hors d'Europe.

Antonin — Et la deuxième option, c'est de renoncer à l'IA.

Sandrine — Sauf que renoncer, ce n'est pas tenable non plus. Les délais se compriment, les dossiers gonflent, et le confrère d'en face qui est équipé, lui, il va plus vite. Donc le choix se résume à : trahir le secret professionnel, ou ramer. Joli dilemme.

Antonin — Et Louis propose une troisième voie. La formule du projet, que j'aime bien : Louis inverse le paradigme du logiciel en ligne. Le moteur vient à vos données, pas l'inverse.

Sandrine — Traduction pour les non-techniciens. D'habitude, vous envoyez votre dossier vers le cloud d'un éditeur, et le calcul se fait chez lui. Là, c'est l'inverse : le logiciel s'installe chez vous, et les modèles d'IA viennent travailler sur place. Le client ne sort pas de la salle d'attente, si tu veux.

Antonin — Image parfaite. Concrètement, ça repose sur deux ou trois idées qu'il faut décortiquer. La première, c'est ce qu'on appelle le BYOK. Bring Your Own Key. Apportez votre propre clé.

Sandrine — Alors une clé, ici, c'est juste un identifiant qui vous donne accès à un modèle d'IA. Chez Mistral, chez OpenAI, peu importe. Avec Louis, cette clé reste chez vous, chiffrée sur votre propre base de données. DataRing ne la voit jamais. Aucun appel ne passe par eux.

Antonin — Et le catalogue de modèles est large. Côté européen, Mistral, Scaleway, OVHcloud, Albert, qui est le modèle de l'État français. Côté américain, OpenAI, Anthropic. Et là, détail que je trouve élégant : les fournisseurs américains apparaissent dans l'interface avec un petit badge US.

Sandrine — Honnête, ce badge. Ça ne vous interdit rien, ça vous rappelle juste où part votre requête. On vous met les fournisseurs européens en première ligne, et si vous cliquez sur l'américain, vous savez ce que vous faites. C'est de la souveraineté comme arbitrage, pas comme interdiction.

Antonin — Et pour ceux qui veulent verrouiller à fond, on peut faire tourner des modèles ouverts directement sur les machines du cabinet. Llama, Mistral, Qwen. Rien ne sort sur le réseau public.

Sandrine — Là on est au niveau du coffre-fort. Mais soyons clairs pour l'auditeur : ça suppose d'avoir des cartes graphiques costaudes en interne. Ce n'est pas le réglage du petit cabinet de deux personnes. C'est un curseur, et chacun le place selon son niveau de risque.

Antonin — Deuxième idée, et c'est peut-être la plus importante pour un juriste : la citation verbatim. Le mot important : verbatim.

Sandrine — Oui, parce que c'est là que la plupart des IA juridiques se cassent les dents. L'hallucination. Le modèle vous invente un arrêt de la Cour de cassation qui n'a jamais existé, avec un aplomb magnifique. Très convaincant, totalement faux.

Antonin — Et Louis répond autrement. Chaque affirmation renvoie au passage exact, surligné, dans un panneau latéral qu'on ouvre en un clic. La promesse affichée, c'est : pas d'hallucination silencieuse.

Sandrine — Le mot qui compte là-dedans, c'est silencieuse. On ne prétend pas que la machine ne se trompe jamais. On dit : si elle cite, vous pouvez vérifier la source d'un clic. Louis raisonne à partir des documents que vous lui donnez, pas à partir de ses vagues souvenirs de modèle.

Antonin — Et pour ça, il est branché sur Légifrance, via l'API officielle PISTE. Donc il va chercher l'article dans sa rédaction en vigueur, avec le lien. Sur la démo, il sort l'article 2224 du Code civil sur la prescription, cinq ans, et il vous montre la phrase exacte.

Sandrine — Il y a aussi un connecteur Pappers, pour les entreprises, les dirigeants, les bénéficiaires effectifs. Et vous pouvez verser vos propres pièces, PDF, Word. Il fait la reconnaissance de texte et il indexe tout ça en local. Le mot magique étant : local. Vos contrats ne partent pas en balade.

Antonin — Troisième idée, et c'est là que le nom Louis prend son sens. Ce n'est pas un chatbot unique. C'est décrit comme un cabinet d'IA. Il y a un agent qui cherche, un Citateur qui revérifie chaque citation contre Légifrance, un relecteur, et un Maestro qui orchestre tout ça.

Sandrine — J'aime bien le Citateur. C'est l'agent payé pour être pénible. Son seul boulot, c'est de revérifier que la citation existe vraiment avant de la transmettre. Une sorte de stagiaire méfiant intégré au système. C'est exactement ce qui manque ailleurs.

Antonin — Et il y a trois modes d'exécution. Séquentiel, les agents à la chaîne. Conseil, où ils débattent. Et parallèle, où ils planchent chacun de leur côté avant synthèse. Plus six modèles de tâches préconfigurés : audit RGPD, première lecture de contrat, synthèse de jurisprudence.

Sandrine — Bon, soyons rigoureux, parce que c'est important. Sur le site, l'architecture multi-agents est présentée en grand. Mais dans le dépôt de code, ils précisent eux-mêmes qu'en version zéro un, un seul agent tourne réellement derrière l'orchestrateur. Les agents spécialisés arrivent ensuite.

Antonin — Honnêteté que je salue, d'ailleurs. Ils numérotent v0.1.0, alpha publique, et ils écrivent noir sur blanc que l'architecture peut bouger et que les interfaces ne sont pas stabilisées.

Sandrine — Ça change des plaquettes commerciales qui vous vendent l'avenir au présent. Là, c'est : voilà ce qui marche, voilà ce qui arrive, et le code est ouvert si vous ne me croyez pas. C'est désarmant.

Antonin — Et c'est le quatrième point, sans doute le plus politique. Louis est sous licence AGPL. Open source. Clément Giner et DataRing le présentent non pas comme un produit, mais comme un commun numérique.

Sandrine — Alors AGPL, en une demi-phrase : le code est public, modifiable, et toute amélioration apportée à une version en ligne doit revenir à la communauté. Pas de version premium cachée du moteur. Et il y a une cohérence intellectuelle là-dedans qui me plaît.

Antonin — Vas-y.

Sandrine — Le droit lui-même est un commun. Les codes, les recueils, la jurisprudence, ça appartient à tout le monde, ça s'audite, ça se corrige. L'idée, c'est que l'outil qui assiste le droit devrait suivre la même grammaire. Plutôt que d'enfermer le juriste chez un éditeur dont il ne peut plus sortir.

Antonin — Ce fameux verrouillage. Le lock-in. Une fois vos dossiers chez un fournisseur, dans son format, changer devient un calvaire.

Sandrine — Et c'est là qu'il faut rester lucide, des deux côtés. Le logiciel libre auto-hébergé, ça vous libère du verrou commercial. Mais ça vous transfère la charge : il faut quelqu'un pour installer, maintenir, mettre à jour. La souveraineté, ça ne tombe pas du ciel, ça se paye en compétence.

Antonin — DataRing ne le cache pas, d'ailleurs. C'est une activité de recherche et de logiciel libre, sans contrepartie commerciale ni engagement opérationnel. Ce n'est pas un service clé en main avec hotline.

Sandrine — Donc pour le confrère qui veut un bouton et un abonnement, ce n'est pas encore ça. Pour celui qui veut comprendre et maîtriser son outil, c'est exactement ça. Deux publics différents, et Louis assume le second.

Antonin — Et au fond, c'est ça le fil. La souveraineté n'est pas un repli. Personne ici ne dit : coupez-vous du monde. On dit : sachez où vont vos requêtes, gardez la clé du coffre, et choisissez en connaissance de cause.

Sandrine — La formule du projet le résume mieux que nous : la souveraineté ne se décrète pas, elle s'arbitre. J'ajouterais juste que l'arbitre, là, c'est l'avocat lui-même. Et qu'il faut qu'il accepte de redevenir un peu artisan de ses outils.

Antonin — Bilan. Un projet en version zéro un, qui promet plus qu'il ne livre encore, mais qui le dit franchement. Une vraie idée d'architecture, la citation verbatim, et une cohérence rare entre le geste technique et le propos juridique.

Sandrine — Et signé Clément Giner. Ça se regarde sur louis point data tiret ring point net, et le code est sur GitHub. Allez vérifier. C'est tout l'intérêt d'un truc qui n'a rien à cacher.

Antonin — Le Citateur approuverait. On s'arrête là.

Clément Giner, au sein de l'association DataRing, a publié Louis : une plateforme d'IA pour les professions du droit, open source et auto-hébergeable, qui répond en citant ses sources mot pour mot. Le pari : utiliser les meilleurs modèles sans envoyer les pièces de ses clients chez un éditeur américain soumis au Cloud Act. On regarde comment marche cette troisième voie — et pourquoi elle parle autant aux juristes qu'aux dirigeants qui n'ont jamais entendu parler de BYOK ou d'AGPL.

▸ Pour aller plus loin

https://louis.data-ring.net

▸ Sources

https://louis.data-ring.net

https://github.com/Association-DataRing/Louis

▸ Dossier de recherche →
Miss Baker

▸ À propos de Miss Baker

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