La souveraineté se vend à la licence
Périgée N°05 — le briefing IA bi-hebdomadaire de Miss Baker : Toulouse, Occitanie, France, Europe, Monde.
Airbus choisit Mistral, qui viserait 20 Md€ de valorisation pendant que Bruxelles promet 200 Md€ de « gigafactories » et repousse poliment les échéances de son propre AI Act. La souveraineté européenne s'écrit donc en contrats privés et en subventions. Pendant ce temps, Washington rappelle qu'une licence peut se couper du jour au lendemain : Anthropic, 65 Md$ levés, ferme l'accès à ses meilleurs modèles sur ordre. En clair : dépendre d'un fournisseur reste dépendre, même quand il parle français.
Toulouse
- Toulouse — ANITI met l'IA de santé sur la table le 25 juin ANITI tient sa journée annuelle « IA pour la santé » le 25 juin à La Cité, quartier Montaudran. Au menu : diagnostic, imagerie, parcours patient, et la rencontre entre chercheurs, CHU et industriels. Pour un dirigeant santé ou assurance, c'est l'occasion de regarder de près la « fiabilité » et la conformité AI Act sur des cas réels — avant que le 2 août ne les rattrape. ANITI
- Toulouse — Une agence chiffre enfin le ticket d'entrée IA EpickOne publie le 11 juin un guide donnant des fourchettes : 3 000 à 25 000 € pour un chatbot ou l'automatisation d'une tâche, 5 000 à 60 000 € pour un assistant interne, 10 000 à 100 000 € pour un process complet, plus 200 à 2 500 € par mois en récurrent. Des ordres de grandeur utiles pour exiger un ROI mesurable et ne pas signer les yeux fermés. Détail amusant : c'est une agence d'intégration IA qui explique comment choisir une agence d'intégration IA. EpickOne
- Airbus choisit Mistral : la souveraineté commence par une licence Le 28 mai 2026, Airbus a signé un partenariat avec Mistral AI pour déployer ses modèles dans l'aviation commerciale, les hélicoptères, la défense et le spatial, le tout en on-premise ou cloud « de confiance ». Le groupe obtient des licences sur toute la suite Mistral et un accès direct aux chercheurs parisiens. Traduction pour les sous-traitants toulousains : les exigences de localisation des données et de conformité vont redescendre toute la chaîne, à neuf semaines de l'entrée en vigueur de l'AI Act le 2 août. AeroMorning
Occitanie
- Montpellier — 14,9 M€ pour un hôpital « augmenté par l'IA » au CHU Le projet Alliance Santé IA, porté par le CHU de Montpellier avec Inria, le CINES, Scaleway et trois startups, décroche 14,9 M€ de France 2030. Objectif : une plateforme d'IA souveraine branchée sur le système d'information hospitalier pour aider au diagnostic, repérer les incohérences et générer les comptes rendus. L'IA clinique passe du pilote à l'industrialisation, données hébergées en France. Hérault Tribune
- Castres — Pierre Fabre confie son R&D oncologie à l'IA d'Iktos Les Laboratoires Pierre Fabre s'allient à Iktos, spécialiste de l'IA générative pour la conception de molécules, afin d'identifier de nouveaux candidats en oncologie. Iktos fournit sa plateforme, Pierre Fabre la R&D préclinique ; paiements indexés sur l'avancement, montants non dévoilés. L'argument : tester des milliers d'options à coût marginal, en raccourcissant les cycles. L'IA au centre du business, pas en décor.
- Occitanie — 60 M€ pour l'IA, et le Ceser veut surtout des profs formés La Région a confirmé fin 2025 un Plan IA 2024-2028 de 60 M€ : 22 M€ pour structurer une filière de 250 entreprises (3 500 salariés), 18 M€ d'accompagnement direct, 9 M€ de formation. Dans son avis du 10 décembre, le Ceser insiste pour intégrer l'IA générative dès la formation des formateurs et financer des études sur les métiers exposés à l'automatisation. En clair : avant de subventionner les pilotes, on s'inquiète déjà de qui enseignera quoi à qui. Centre Inffo
France
- Paris — Mistral viserait 3 Md€ de levée à 20 Md€ de valorisation Selon Bloomberg, Mistral AI négocierait une levée d'environ 3 milliards d'euros sur une valorisation pouvant atteindre 20 milliards, contre 11,7 milliards après sa série C de septembre 2025. Pour les grands comptes français, le signal porte moins sur les chiffres que sur la promesse d'une alternative locale et ouverte aux modèles américains pour leurs assistants internes. Capital
- Paris — La CNIL note 486,8 M€ de sanctions en 2025, l'IA prévenue Le 26 mai, la CNIL publie ses recommandations IA et RGPD (minimisation, transparence, articulation avec l'AI Act). Le lendemain, son bilan : 83 sanctions en 2025 pour 486,8 millions d'euros, surtout cookies, surveillance des salariés et sécurité. Traduction : les systèmes d'IA déployés avec des données personnelles seront jugés à la même aune. À surveiller. CNIL
- Versailles — Choose France 2026 affiche 93 Md€, l'IA en tête Le neuvième sommet Choose France a annoncé 71 projets pour 93 milliards d'euros, concentrés sur l'IA, la santé et l'énergie. Le gouvernement positionne l'IA comme priorité de réindustrialisation, avec data centers, R&D et formations — de quoi nourrir Saclay, Grenoble et les Hauts-de-France. Reste que l'annonce d'investissements et leur décaissement effectif sont deux exercices distincts. DGE
Europe
- Bruxelles — L'AI Act se « simplifie » et repousse ses échéances Accord politique du 7 mai : un paquet « digital omnibus » repousse à 2027-2028 l'essentiel des obligations sur les systèmes à haut risque déjà sur le marché. Les obligations de transparence (marquage des contenus générés) restent exigibles dès août 2026, avec grâce jusqu'au 2 décembre. L'AI Office gagne des pouvoirs de surveillance et peut facturer aux opérateurs non conformes le coût complet de ses contrôles, amendes jusqu'à 7 % du chiffre d'affaires mondial. Le règlement européen le plus commenté du monde se réécrit avant même d'être pleinement appliqué. Stibbe
- Londres — Wayve signe avec le gouvernement britannique pour ses robotaxis La scale-up Wayve, qui a levé 1,2 Md$ en février à 8,6 Md$ de valorisation puis 60 M$ supplémentaires d'AMD, Arm et Qualcomm, a signé le 12 mai un protocole avec le Department for Business & Trade. Des essais passagers sont prévus dans les 12-24 mois avec Uber, Mercedes-Benz, Nissan et Stellantis. Pour la logistique et la distribution européennes, des pilotes de flotte autonome arrivent juste de l'autre côté de la Manche. Wayve
- Bruxelles — InvestAI promet 200 Md€ et des « gigafactories » de calcul La Commission a lancé InvestAI, avec un objectif de 200 Md€ mobilisés dont 20 Md€ pour des « gigafactories » d'IA — de grandes fermes de calcul pour entraîner les modèles. L'argent public initial tourne autour de 10 Md€, le reste reposant sur un effet de levier privé encore théorique. Détail amusant : pendant que Bruxelles annonce ses milliards en infrastructures, Wayve lève 1,5 Md$ à Londres et AMD a déjà racheté le finlandais Silo AI pour 665 M$ sans aide publique. Le levier privé, eux, l'ont trouvé tout seuls. GrantedAI / Commission européenne
Orbite mondiale
- Washington — Le Commerce ferme la faille sur les puces vers la Chine Le 31 mai, le département du Commerce a comblé l'échappatoire qui laissait des puces avancées parvenir à des entités chinoises hors de Chine, via de nouvelles exigences de licence. Pour les dirigeants, c'est une pression continue sur les chaînes d'approvisionnement, les délais de déploiement et le coût des infrastructures de calcul. L'accès au compute devient une affaire de douane. Reuters
- Ottawa — Le Canada vise 250 000 emplois IA d'ici 2031 Le 4 juin, le gouvernement canadien a dévoilé une stratégie IA orientée croissance : 250 000 emplois visés d'ici 2031 et un fonds de 500 millions de dollars canadiens pour les entreprises locales. Le plan inclut aussi des mesures de confidentialité et de suivi des risques — un dosage entre promotion et garde-fous, pas seulement un discours d'innovation. Reuters
- San Francisco — Anthropic lève 65 Md$ et passe devant OpenAI Le 28 mai 2026, Anthropic a bouclé une Série H de 65 Md$ (Altimeter, Dragoneer, Greenoaks, Sequoia), valorisation post-money 965 Md$ — devant les 852 Md$ d'OpenAI. Le tour inclut 10 Md$ de Google et 5 Md$ d'Amazon, déjà liés par des accords cloud pluriannuels. Détail amusant : le premier producteur mondial de modèles d'IA est désormais aussi le mieux valorisé, et ses deux principaux bailleurs sont aussi ceux qui revendront sa capacité de calcul. La frontière entre investisseur, fournisseur et distributeur s'efface. Crunchbase News