12 — Opinion / Miss Baker Log

L'euro numérique : ou comment apprendre à aimer sa laisse

Numériser l'argent, on le fait depuis trente ans. Y glisser des règles logicielles qui décident à votre place de ce que vous avez le droit d'en faire, c'est tout autre chose. Petit voyage guidé dans la plus confortable des prisons.

Publié23 juin 2026
AuteurStéphane Giner
Lecture9 min
▸ Sommaire · 10 sections
  1. Du troc au code, ou la civilisation qui se tire une balle dans le pied
  2. Une monnaie « programmable » : le poison, mais avec un joli emballage
  3. L'« URSS 2.0 » : la planification, mais avec le wifi
  4. Le « bien commun » : ce fantôme au nom duquel on signe tout
  5. L'analyse liberticide : la vie privée, c'était bien, c'était avant
  6. 1. La mort de l'anonymat
  7. 2. Le crédit social
  8. 3. L'« État-nounou » dans le code
  9. 4. La concentration du pouvoir
  10. Choisissez votre servitude, c'est cadeau

Apprendre à aimer sa laisse : une servitude livrée clé en main, le sourire aux lèvres.
Apprendre à aimer sa laisse : une servitude livrée clé en main, le sourire aux lèvres.

Du troc au code, ou la civilisation qui se tire une balle dans le pied

Avant de vous expliquer pourquoi on s'apprête, le sourire aux lèvres, à inventer la plus belle prison de l'Histoire, faisons un petit rappel. Parce qu'on ne comprend bien une catastrophe qu'en sachant d'où elle vient.

Au début, donc, il y avait le troc. Le grand classique : vous avez des pommes, vous voulez des chaussures, et il vous suffit de dénicher l'unique habitant du village qui possède des chaussures ET qui rêvait justement de pommes. Simple, direct, et d'une efficacité redoutable — à condition de ne pas être pressé, et d'aimer marcher pieds nus en attendant.

Pour s'épargner ce calvaire, l'humanité a eu une idée de génie : l'or. Un intermédiaire que tout le monde accepte. On échange ses pommes contre de l'or, puis cet or contre des chaussures. La monnaie devient une chose solide, palpable, qu'on peut mordre pour vérifier qu'elle est vraie. Le bon vieux temps.

Puis vint la monnaie « fiduciaire ». Le mot vient du latin fiducia, « la confiance » — gardez bien ce détail, on va beaucoup en rire plus tard. C'est l'argent d'aujourd'hui. Votre billet de 50 euros n'est qu'un joli bout de papier ; il ne vaut pas un gramme d'or planqué dans un coffre. Il vaut 50 euros parce que tout le monde fait CONFIANCE à l'institution qui l'imprime. Et surtout — détail merveilleux qu'on ne mesure qu'une fois perdu — ce billet ne vous juge pas. Quand vous payez en liquide votre paquet de cigarettes, votre bouteille de vin ou votre troisième part de gâteau, aucun fonctionnaire invisible ne fronce les sourcils. L'argent se tait. L'argent obéit. Quelle époque formidable.

Arrive enfin l'euro numérique, et là, accrochez-vous : on nous explique que c'est « juste de la modernisation ». Comme si le problème était l'écran. Sauf que numériser l'argent, on le fait déjà depuis trente ans : carte bleue, virement, paiement sans contact. Votre argent est numérique depuis belle lurette, et personne n'en est mort.

Non, la vraie nouveauté est ailleurs, et elle est exquise : on passe d'une monnaie fondée sur la confiance à une monnaie fondée sur le code informatique. On ne se contente plus de transformer vos euros en chiffres sur un écran ; on glisse, à l'intérieur même de l'argent, de petites règles logicielles qui décideront pour vous de ce que vous avez le droit d'en faire. Bienvenue dans le futur. Il était temps que quelqu'un vous explique comment dépenser votre propre argent.

Une monnaie « programmable » : le poison, mais avec un joli emballage

« Transaction refusée. » Demain, la règle n'est plus dans la loi, mais gravée dans l'argent lui-même.
« Transaction refusée. » Demain, la règle n'est plus dans la loi, mais gravée dans l'argent lui-même.

« Programmable » : voilà un mot qui sonne bien, propre, technologique. Traduisons-le en français courant. Aujourd'hui, votre argent fait ce que VOUS décidez. Demain, il fera ce que le PROGRAMME décide — c'est-à-dire ce que des gens très bien intentionnés auront écrit dans son code, pour votre bien, évidemment.

Imaginez un bon d'achat livré avec une notice d'utilisation invisible. Jusqu'ici, votre banque ne vérifiait qu'une chose : « A-t-il assez d'argent ? » Demain, elle en vérifiera une seconde, nettement plus pétillante : « A-t-il le DROIT d'acheter ça ? »

Les scénarios qui suivent sont fictifs. Pour l'instant. Et surtout — répétez-le bien fort pour vous rassurer — la Banque centrale jure, aujourd'hui, la main sur le cœur, que jamais au grand jamais l'euro numérique ne servira à ce genre de choses. Rien ne sera bloqué, rien ne sera surveillé, rien ne sera conditionné. Promis. Juré. Croix de bois.

Permettez qu'on sourie poliment. Car « ce ne sera jamais utilisé pour ça », nous l'avons déjà entendu. Souvenez-vous d'un certain pass sanitaire. À sa présentation, on nous l'a vendu comme une formalité provisoire, strictement réservée à deux ou trois usages, et certainement, au grand jamais, comme un sésame obligatoire pour la vie courante. Quelques mois plus tard, il fallait le dégainer pour boire un café en terrasse, prendre un train, aller au cinéma, voir un médecin ou simplement travailler. Le « jamais » avait une date de péremption remarquablement courte. Étrange coïncidence.

C'est toute la magie de l'infrastructure : une fois le tuyau posé, ce qu'on y fait passer ne dépend plus que de l'humeur du moment. La promesse d'aujourd'hui n'engage que ceux qui y croient — pas le gouvernement de demain, ni la crise suivante, qui aura toujours le bon goût de rendre « exceptionnel, temporaire et indispensable » ce qui était hier « impensable ». Milton Friedman avait une formule pour cela, et elle ne vieillit pas :

Rien n'est plus permanent qu'un programme gouvernemental temporaire.

En matière de pouvoir, le « provisoire » est précisément la seule chose qui dure vraiment. Or les scénarios ci-dessous découlent tous, mécaniquement, de cette merveilleuse capacité à programmer la monnaie. Et l'Histoire nous enseigne une règle d'or : un outil de contrôle qui peut être utilisé finit toujours, tôt ou tard, par l'être. Pour notre bien, cela va sans dire.

  • Le quota carbone qui vous coupe le sifflet. Plutôt que de bêtement taxer ce qui pollue, pourquoi ne pas attribuer à chaque citoyen un petit quota annuel de CO2 ? Une fois épuisé, le système refuse poliment de payer votre billet d'avion. Pas d'amende, pas de procès, pas de débat fatigant : « Transaction refusée. » Les riches, eux, rachèteront du quota. Les autres redécouvriront les joies du camping municipal. L'égalité, enfin.
  • Le supermarché qui surveille votre cholestérol. Vous avez des antécédents cardiaques ? Charmant. Le système, soucieux de votre petit cœur, refusera de vous vendre ce foie gras. Non pas votre médecin, qui vous connaît : une base de données, qui ne vous a jamais vu, mais qui vous aime. À la caisse, devant tout le monde. Bon appétit.
  • Le blocage géopolitique en libre-service. Une entreprise gênante ? Inutile de voter une loi — c'est long, c'est bavard, ça se discute. Il suffit que l'euro numérique refuse de régler ses transactions. Votre appareil flambant neuf, dont un composant vient du « mauvais » pays, devient un presse-papier du jour au lendemain. La géopolitique n'a jamais été aussi pratique.
  • La certification obligatoire, pour les causes nobles. Lutte contre le travail forcé, contre les minerais de guerre : qui pourrait être contre ? Personne, justement. C'est tout le génie de la chose. Au nom du Bien, le système interdira l'achat de tout produit non « certifié » — et confiera donc à un ordinateur le soin de décider, à votre place, ce qui est moral. Dormez tranquilles : la machine, elle, a bon cœur.
  • Le verrou sur vos gadgets connectés. Au nom de la sacro-sainte cybersécurité, votre ampoule « intelligente » non homologuée deviendra tout bonnement inachetable. Rassurez-vous : on validera pour vous les seules technologies que vous avez le droit d'aimer.

Le point commun de ce joyeux catalogue ? La fin de la liberté de consommer. Reliez votre capacité à payer à votre empreinte carbone, votre santé, la géopolitique et la conformité technique, et vous obtenez une économie de la contrainte clé en main. Vous ne choisissez plus ce que vous achetez : vous obéissez à des règles de « bonne conduite » gravées dans l'argent lui-même. Mais quel soulagement, au fond, de ne plus avoir à choisir.

L'« URSS 2.0 » : la planification, mais avec le wifi

L'URSS 2.0 : la planification centrale, mais en temps réel et avec le wifi.
L'URSS 2.0 : la planification centrale, mais en temps réel et avec le wifi.

Le vrai danger n'est pas technique, il est politique : c'est le doux glissement d'une économie de marché vers une économie de commande. Un système où ce ne sont plus l'offre et la demande qui décident, mais un bureau central. Ça vous rappelle quelque chose ?

Petit rappel pour les plus jeunes. Dans l'ex-URSS, ce n'était pas le marché qui décidait quoi produire : c'était l'État, depuis un bureau, qui planifiait tout. Le résultat fut éclatant : pénuries, files d'attente de trois heures pour un pain, et des usines qui fabriquaient des chaussures gauches en attendant les droites. Le petit défaut du système, c'est qu'une poignée de fonctionnaires ne peut tout simplement pas deviner les besoins de millions de gens. Détail.

Bonne nouvelle : on a trouvé comment refaire la même chose, mais en mieux. Voici l'URSS 2.0. Fini les décrets poussiéreux et les tampons en triple exemplaire : désormais, la planification passe directement par l'argent, programmé en temps réel depuis la Banque centrale. Le progrès, vous dis-je.

La Banque centrale devient ainsi une véritable tour de contrôle de l'économie. Elle décide, à la seconde, de ce qui doit être produit, consommé, échangé. Là où le marché corrigeait tout seul ses erreurs — maladroitement, certes, mais sans qu'on lui demande son avis —, une seule entité peut désormais tout corriger d'un geste : éteindre un secteur, gaver un autre, le tout pour atteindre des objectifs « définis d'avance » par des gens que vous n'avez jamais rencontrés.

Une ressource se fait rare ? On la réserve aux « utilisateurs prioritaires » — devinez si vous en faites partie. Une technologie déplaît ? On en coupe l'accès. On troque un monde où des millions de gens prennent chacun leurs décisions contre un monde où un seul centre peut tout figer d'un clic, au nom de la « cohérence du système ». Car rien n'est plus rassurant qu'un système cohérent. Demandez aux Soviétiques.

Le « bien commun » : ce fantôme au nom duquel on signe tout

Le « bien commun » : un fantôme au nom duquel chacun signe sa propre dépossession.
Le « bien commun » : un fantôme au nom duquel chacun signe sa propre dépossession.

Arrêtons-nous un instant sur le mot magique, celui qui sert de mot de passe à toute l'opération : le « bien commun ». On vous coupera l'essence, on filtrera vos achats, on notera votre conduite, mais toujours, invariablement, « au nom du bien commun ». Le hic, c'est que cette chose au nom de laquelle on vous prie de tout céder n'existe pas.

Relisez bien : le « bien commun » n'existe pas. Il n'existe que la somme, mouvante et innombrable, des intérêts individuels. Il n'y a pas, quelque part, une entité nommée « la Société » qui aurait des désirs, une santé, une empreinte carbone et un avis tranché sur votre foie gras. Il n'y a que des millions de personnes, chacune sachant pour elle-même, mieux que quiconque, ce qui lui convient, ce qu'elle peut payer, ce qu'elle est prête à risquer. Le marché n'est rien d'autre que cette immense conversation où ces intérêts se rencontrent et s'ajustent, sans qu'aucun bureau n'ait à les deviner.

Aussi, quand un pouvoir prétend administrer « le bien commun », il n'administre jamais qu'une chose : sa propre définition du bien, qu'il impose à tous les autres. Le « commun » n'est qu'un vernis posé sur une préférence très particulière, celle de ceux qui tiennent le code. Bastiat avait résumé l'arnaque en une phrase, voilà presque deux siècles :

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Remplacez « vivre » par « décider », et vous tenez l'euro numérique.

Reste l'argument le plus coriace, celui que les planificateurs n'ont jamais su contourner : même animé des meilleures intentions du monde, aucun centre ne peut savoir ce que savent les millions d'individus qu'il prétend gouverner. L'information utile est éparpillée dans des millions de têtes, dans des circonstances particulières de temps et de lieu, et elle ne se laisse pas téléverser dans un serveur central. Hayek appelait cette illusion la « présomption fatale », et il la résumait d'une formule que tout architecte de monnaie programmable devrait afficher au-dessus de son écran :

La tâche singulière de l'économie est de démontrer aux hommes combien ils savent peu de ce qu'ils s'imaginent pouvoir concevoir.

Voilà le vice de naissance de toute l'affaire. La monnaie programmable est l'outil qui permet enfin, techniquement, à une poignée de gens de substituer leur définition du « bien » aux choix de tous les autres, en temps réel, sans débat. On n'optimise jamais « le bien commun » : on impose le bien d'un petit comité, et l'on facture la liberté des autres comme un dommage collatéral. Pour leur bien, cela va de soi.

L'analyse liberticide : la vie privée, c'était bien, c'était avant

Le berger tutélaire de Tocqueville : il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il hébète.
Le berger tutélaire de Tocqueville : il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il hébète.

Résumons en quatre points le petit prix à payer — trois fois rien — pour ce magnifique progrès.

1. La mort de l'anonymat

Chaque transaction laisse une trace, soigneusement reliée à votre nom. L'anonymat du liquide — ce luxe insensé d'acheter une chose sans que l'univers entier soit au courant — disparaît. L'État saura quoi, quand, où et comment vous dépensez. Mais soyons honnêtes : qu'avez-vous à cacher ? (C'est exactement la question que posent toujours ceux qui n'ont jamais rendu la liberté à personne.)

2. Le crédit social

L'aboutissement logique, le bouquet final. Croisez la trace de toutes vos dépenses avec une grosse base de données centrale, et vous obtenez un système de crédit social — celui-là même qui fait déjà le bonheur des citoyens chinois. Le principe est limpide : on note les gens. Comportement « néfaste » ? Droits de paiement réduits. La sanction n'est plus un juge et un avocat, mais une exclusion silencieuse, automatique, sans visage à qui se plaindre. L'efficacité même.

3. L'« État-nounou » dans le code

On appelle « État-nounou » (Nanny State) cet État attendrissant qui décide à votre place de ce qui est bon pour vous, parce que, manifestement, vous n'y arrivez pas tout seul. Tocqueville en avait dessiné le portrait bien avant qu'il ait une interface. Il décrivait, en 1840, « un pouvoir immense et tutélaire » qui « ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ». Un pouvoir qui, ajoutait-il, « ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Il lui manquait seulement la technologie pour rendre ce berger omniprésent. La voici. Avec une monnaie programmable, plus besoin de cette corvée qu'est le vote d'une loi : une simple mise à jour logicielle suffit pour interdire ce qui déplaît. Punir, récompenser, en temps réel, d'un clic. Vous voilà promu : de citoyen à rouage d'un grand programme bienveillant, chargé d'optimiser votre santé, votre écologie et votre sécurité. La liberté, elle, passera en correctif dans une prochaine version. Peut-être.

4. La concentration du pouvoir

Au bout du compte, un pouvoir colossal atterrit entre les mains de la Banque centrale européenne et des autorités nationales. Qui tient le code de la monnaie tient l'économie : ouvrir ou couper les flux d'argent de n'importe quel secteur, selon l'humeur politique du moment. Une arme de contrôle d'une portée inédite, activable d'un clic. Et qu'on ne vienne pas nous rassurer sur la vertu de ceux qui tiendront la manette : « Le pouvoir concentré ne devient pas inoffensif par les bonnes intentions de ceux qui le créent », prévenait déjà Friedman. Le danger n'a jamais été la méchanceté du gardien, mais l'existence même de la serrure. Mais entre de si bonnes mains, qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?

Choisissez votre servitude, c'est cadeau

Quand la serrure cède : du chiffrement quantique au retour du troc, la boucle est bouclée.
Quand la serrure cède : du chiffrement quantique au retour du troc, la boucle est bouclée.

L'euro numérique n'est pas une mise à jour technique. C'est un changement de régime, livré dans un emballage « innovation ». En acceptant une monnaie programmable, l'Europe se dote d'un outil qui transforme l'argent en télécommande des politiques publiques. Reliez le moindre paiement au CO2, à la santé, à la géopolitique ou à n'importe quelle définition officielle du « bien commun » — ce fantôme dont nous avons vu qu'il n'existe pas —, et vous obtenez une infrastructure où la liberté individuelle est généreusement sacrifiée sur l'autel de la gestion automatisée. Pour votre bien. Toujours pour votre bien.

Face à cette charmante prison numérique, certains chercheront la sortie de secours : les crypto-monnaies, l'exact opposé du dispositif. Décentralisées (pas de tour de contrôle), « sans permission » (personne ne peut bloquer votre transaction). La liberté, en somme — ce vieux truc démodé.

Sauf que la fuite réserve elle aussi sa petite blague. Et ici, jouons cartes sur table : on quitte le terrain du constat pour celui de l'hypothèse franchement ouverte à tout et n'importe quoi — mais après tout, prédire l'avenir n'a jamais arrêté personne, surtout pas ceux qui nous promettent monts et merveilles. Les crypto-monnaies tiennent debout grâce à la cryptographie : des codes mathématiques si tordus qu'aucun ordinateur actuel ne sait les casser. Le hic : les futurs ordinateurs quantiques — une génération de machines obscènement plus puissantes — pourraient bien, un jour, les faire sauter comme un cadenas en plastique. Quand ? Personne n'en sait rien. Dans cinq ans, dans trente, ou jamais. Mais c'est précisément le charme de l'époque : on bâtit l'avenir de notre liberté sur des serrures dont on ignore si elles tiendront. Et le jour où l'une d'elles cède, toute la sécurité des actifs numériques s'effondre d'un coup, et le séisme financier sera mondial. La technologie qui devait nous libérer aura simplement changé de geôlier.

Et là, suprême ironie, on pourrait revenir… au troc. Si plus aucune technologie ne garantit ni la sécurité ni la liberté de nos échanges, il ne restera plus qu'à ressortir le bon vieux système : vos pommes contre ses chaussures, de la main à la main, dans la bonne vieille réalité physique qui, elle, ne plante jamais et ne reçoit pas de mises à jour.

Pour le citoyen européen, le choix est donc d'une clarté limpide : accepter une servitude numérique livrée clé en main par le code, ou se préparer à une ère où la liberté ne sera plus protégée par la technologie — mais par son absence. Bon courage, et n'oubliez pas de remercier la machine. Elle vous écoute.

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